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lundi 8 février 2016

Vers le Grand Sud

Nous n’avons pu publier notre chronique de voyage régulièrement ces dernières semaines, car nous étions dans la région du Grand Sud et les transmissions internet ne le permettaient pas. Nous nous étions laissés à Aglou-Plage à quelque quinze kilomètres de Tiznit en janvier dernier.

Aglou-Plage

Ancien village de pêcheurs, cette agglomération est devenue un centre de villégiature. Il subsiste toujours, malgré les catastrophes naturelles causées par la pluie, quelques troglodytes habités par des pêcheurs ou servant d’abris pour les équipements. Rien n’arrête les vagues déferlantes de l’Atlantique sur cette côte. C’est aussi une des portes d’entrée du parc national de Souss-Massa qui longe la mer depuis Agadir jusqu’à Tiznit au sud.

Sidi-Ifni

La route côtière entre Agloo et Sidi-Ifni est absolument magnifique. Partout nous observons les séquelles des grandes pluies de 2014 où les oueds gonflés à bloc ont tout emporté sur leur chemin vers la mer. Les routes et les ponceaux ont été reconstruits, mais de nombreux vestiges du passage destructeur des eaux de pluie sont toujours apparents. Singularité du climat marocain, depuis cette pluie catastrophe (plus de cinquante morts) c’est la sécheresse. Tous les oueds sont à sec et les agriculteurs se plaignent de la situation.

Guelmim

À Guelmim, nous arrivons à la porte du désert. Ici, tout change. Après avoir visité le grand souk du samedi matin où se transige les ventes d’animaux, dromadaires, agneaux, moutons venus d’aussi loin que la frontière mauritanienne. Nous en avons profité pour refaire nos provisions et nous installer dans un petit camping localisé au fond d’une vallée. Petit paradis vert entre deux montagnes de calcaire ocre où les oiseaux règnent en maître. Nous y rencontrons des personnes très intéressantes. En approchant du Sahara, nous constatons que le profil des campeurs change. Nous sommes passés des camping-caristes-vacanciers aux baroudeurs qui sont à l’aise qu’à l’extérieur des routes goudronnées et dans les régions les moins fréquentées par les Européens. Nous vous en reparlerons un peu plus loin dans ce billet.

Après quelques jours d’attente, les vents rendant la route du sud difficilement praticable pour notre camping-car, nous décidons de réserver la portion devant nous mener jusqu’à Tan-Tan pour un prochain voyage. Sur les conseils de nos nouvelles amies camping-caristes, Marie-Noëlle et Rose-Marie (les Marie), nous retournons vers Tiznit pour nous rendre dans la région du granit rouge à Tafraoute à l’est. Un paysage grandiose nous attendait au sortir du col nous donnant accès à la plaine vers Tiznit, au pied de l’Atlas. À perte de vue, depuis la route nationale sillonnant en flanc de montagne, nous observions la plaine fertile s’étendant entre mer et montagne.

Tafraoute

Depuis que nous avons quitté la région d’Agadir où se regroupe la majorité des Européens venant passer quelques mois d’hiver au soleil, nous découvrons un Maroc plus authentique. Tafraoute, située en territoire berbère, en est un exemple intéressant. Il faut fréquenter le souk pour y observer les locaux y effectuer leurs emplettes. La plupart des femmes étant vêtues de leurs magnifiques vêtements traditionnels arrivent de la montagne dans divers véhicules de fortune avec animaux et enfants et se rencontrent au centre du village dans un brouhaha parfois assourdissant. J’observe un conteur traditionnel qui est l’objet de l’attention d’une foule multicolore et bruyante qui s’esclaffe à chacune de ses phrases. Partout de petits ateliers de métiers traditionnels. Une spécialité du village, les babouches. Personne ne nous sollicite et chacun vaque à ses occupations. Nous nous sentons très bien dans cette atmosphère villageoise, et ce, contrairement aux villes touristiques où nous sommes constamment sollicités.

Après avoir passé le col d’Hordous à 1300 m selon notre GPS, les montagnes environnantes tournent au rose. Nous voilà au pays du granit rose. La ville de Tafraoute est insérée dans un cirque de rock dont la couleur varie selon le moment de la journée. Du lever du soleil à son coucher, ce spectacle naturel observé depuis la palmeraie où nous sommes installés pour la nuit est éblouissant. À l’origine, notre plan de voyage prévoyait la réalisation d’une boucle qui nous aurait ramenés à Agadir, sachant que la superbe route de montagne par laquelle nous nous étions rendus à Agadir n’était que le prélude à ce que nous devions voir sur la portion qui devait nous ramener à Agadir. Nous avions déjà eu des informations concernant l’état lamentable de cette route à la suite des dégâts occasionnés par des pluies abondantes,mais sur place «radio camping-car» nous a répété que la route était impraticable pour les camping-cars. Nous avons donc pris la décision de retourner sur nos pas vers Tiznit et de refaire la route à l’inverse, ce que nous avons apprécié puisque les points de vue étaient fort différents.

Évelyne et Chantal au souk
Quelques jours plus tard, nous recevions un «e-mail» de sympathiques connaissances rencontrées une semaine plus tôt, Évelyne et Jean-Pierre, qui se lisait ainsi : «Bonsoir, Sommes actuellement à Ouarzazate. Pas venus à Tiznit, montés à Taroudant par la r105. Avons mis quatre heures avec haltes. Photos magnifiques. Peu de kilomètres, pas plus difficiles que l'arrivée
sur Tafraoute. Ne pas trop écouter radio-camping car. Ce fut un plaisir de vous rencontrer. Amicalement. Jean Pierre et Évelyne. » Vous aurez compris que «Radio-camping-car», c’est la rumeur déformée par les appréhensions des camping-caristes rencontrés sur sa route. En voyage, la meilleure source d’information demeurera toujours son appréciation personnelle de la situation, tenant compte de ses propres limites et à la lumière de ses propres expériences. Espérons que nous pourrons refaire cette route un jour.

Parc National Souss-Massa

Autruche à cou rouge
De retour à Tiznit nous nous sommes arrêté à Sidi-Bibi afin de revoir nos amies les Marie et visiter les réserves animalières enclavées dans le Parc National Souss-Massa. Cette visite qui doit être effectuée à bord d’un véhicule 4x4 accompagné par un guide accrédité dure près de trois heures.
Oryx algazelle
Oryx
Addax
Ces réserves sont dédiées à la protection et à la réintroduction d’animaux ayant autrefois vécu dans le désert et maintenant en voie de disparition. C’est en toute libertés que des troupeaux de gazelles dorcas, d’Oryx algazelles, d’Addax, de gazelles dama Mohrr et d’autruches à cou rouge vivent dans ce parc. Nous avons pu les observer à loisir depuis notre véhicule dans leur milieu de vie protégé.

Taroudant

Il aura fallu revenir à Agadir pour rejoindre la ville de Taroudant. Son héritage historique est principalement marqué par une magnifique muraille crénelée encore en état. Cette ville élevée au centre d’une région d’orangeraies nous a semblé passablement provinciale. Son souk et son marché couvert sont particulièrement déroutants. Abstraction faite des cyclistes et de quelques marchands de gadgets électroniques, nous nous sommes sentis immergés dans une atmosphère des siècles passés avec la marchande de pain et son petit four de terre cuite, les ateliers enclavés dans de minuscules locaux construits en pisé et les trop nombreux passages voûtés contribuant à notre désorientation. Notre séjour dans cette ville s’est finalement terminé par un épisode de grands vents balayant la terre et la poussière dans la plaine longue de 125 kilomètres jusqu’à la mer.

Agadir

De retour à Agadir, nous avions rendez-vous avec nos amis québécois Paulette et Carol qui y sont en vacances pour quelques semaines. C’est avec beaucoup de plaisir que nous les avons retrouvés à bord de notre camping-car sur un stationnement en bordure de mer pour partager un repas.

Société

Au risque de me répéter, ce que j’apprécie le plus dans cette façon de voyager est l’occasion que nous avons de rencontrer des personnes exceptionnelles aux expériences de voyage hors du commun.

L'expression voyageur porte souvent à confusion. Qu'est-ce qu'un voyage pour vous?

J'ai beaucoup voyagé au cours de ma vie. J'ai fait des voyages d'affaires,touristiques,de farniente,gastronomique,de découverte. Des voyages imprévus, des tout compris, des planifiés, des improvisés, des surprenants, mais finalement, jamais de mauvais voyages. Quelle que soit la destination, la durée ou la raison, jamais je ne suis revenu à la maison sans avoir vu et appris quelque chose de nouveau, quelque chose ou quelqu'un à ajouter dans ma boîte à souvenirs. C'est ce goût de la découverte qui a fait de moi un "voyageur".

Si certaines aptitudes préalables semblent nécessaires à la profession, le métier de voyageur n'est pas nécessairement inné et requiert un long apprentissage. Tout comme un sport, plus on commence à le pratiquer à un jeune âge, meilleur on devient rapidement. Si à mon époque on commençait, pour toutes sortes de raisons, à voyager assez tard, il est remarquable de voir aujourd'hui des personnes dans la trentaine et même dans la vingtaine avoir déjà un bagage et une maturité de voyageur plus que surprenante.

Deux rencontres récentes nous ont confortées avec ce point de vue. Bruno, Français d’origine, voyage à bord de son 4 x 4 depuis 1998, Brittany, Canadienne du Nouveau-Brunswick, l’accompagne depuis quelques années. Ils ont voyagé sur tous les continents avec leur véhicule spécialement aménagé. Vous pouvez en savoir plus en consultant leur site internet en anglais. Nous avons également partagé un thé avec Annie et Pierre qui voyagent à bord de leur camping-car 4 x 4 depuis quelques années et qui prévoient traverser leur véhicule en Amérique afin de voyager de la Terre de Feu à l’Alaska. La philosophie de vie de ces personnes est très inspirante puisqu’elles ont troqué la course à la consommation au profit de leur liberté et ils semblent s’en porter très bien.

À très bientôt, Inch Allah!

mercredi 13 janvier 2016

Agadir et la suite

C’est un peu à regret que nous quittons la région de Taghazout et le magnifique site du camping Terre d’Océan, mais il faut bien continuer notre voyage. Nous ferons donc halte à Agadir au camping municipal judicieusement situé au  centre-ville donnant ainsi accès à pieds aux commerces environnants et à la plage. Le choc de la promiscuité et de la vétusté des installations est élevé. Les installations, piscine, sanitaires, restauration sont laissés à l’abandon. Nonobstant ces inconvénients, plusieurs camping-caristes y passeront l’hiver pour des raisons de commodité et d’accès facile aux services médicaux en cas de besoin. Nous y resterons trois nuits, soit le temps de visiter la ville. Nous repartirons avec un sentiment semblable à celui que nous éprouvions lors d’un hiver passé à parcourir la Floride en Westfalia en 2010. Ces campements où chacun tente de préserver son univers en clôturant tant bien que mal les quelques mètres carrés de son petit terrain et où l’un observe l’autre du matin au soir en se saluant sans que rien ne vienne perturber son univers exception faite du va-et-vient des voyageurs itinérants. Ce n’est vraiment pas fait pour nous. Pour plusieurs, la vie en camping est une fin en soi. Le camping-car n’est que le moyen de déplacer son habitation d’un site d’hiver à un site d’été. Tel n’est pas notre objectif. Pour nous, le camping-car est le moyen que nous nous sommes donné pour faciliter nos voyages à la découverte des gens et des lieux. Ainsi, il nous est aisé de discriminer les collègues voyageurs des autres lors de nos diverses rencontres sur les aires de repos ou encore dans les campings. Les activités, les sujets de discussion et les préoccupations des uns et des autres sont nettement différents. Depuis que nous voyageons sur le vieux continent, notre carnet de contacts s’est enrichi d’un grand nombre de personnes qui répondent à notre définition de voyageur et nous y apportons une attention régulière, car ce sont des personnes qui sont de bon conseil, généreux de leurs informations, de leurs bons plans et très souvent de leur temps. Parmi les bienfaits de notre vie de voyageurs, avoir constitué et entretenu ce carnet de contacts est sûrement notre plus grand trésor. 

Agadir

En plus d’être un important port de pêche (sardines) et de commerce, la ville est une destination touristique importante. Sa grande plage est bordée d’une magnifique promenade sur quelques kilomètres allant du port de plaisance au nord jusqu’à la limite des hôtels touristiques (Sofitel) au sud. On y croise, le jour comme le soir, la population locale qui vient soit y faire du sport, soit prendre un grand bol d’air et évidemment les touristes qui y fréquentent la plage et les nombreux restaurants. Malheureusement, il semble que la fréquentation touristique soit nettement en baisse. Des hôtels sont fermés, d’autres affichent un taux d’occupation très faible. Du restaurateur, en passant par l’artisan et le chauffeur de taxi, tous se plaignent de la désertion des touristes européens. Nous avons constaté le même phénomène dans la plupart des campings que nous avons fréquenté jusqu’à maintenant.

L’autre centre d’intérêt majeur d’Agadir est son souk que l’on dit le plus grand d’Afrique. Il faut se rappeler que la ville fut entièrement détruite par un tremblement de terre en 1960. Ainsi, tout ce que l’on peut voir dans cette ville a été construit après cette date. Ce phénomène contribue sûrement à l’impression de modernité que l’on retrouve un peu partout contrairement à ce que nous avons vu jusqu’à maintenant ailleurs.

Ifnit

Au sud d’Agadir, ce petit village de pêcheurs est posé sur une langue de sable et de roc exposée à la houle de l’Atlantique. Ce havre de paix au milieu du grand tumulte de la nature nous a donné envie d’y demeurer quelques jours, ce que nous avons fait au camping Bakanou. Ce petit camping, au milieu de nulle part, est tenu par un couple de sympathiques Français qui ont à coeur de créer une dynamique intéressante entre les camping-caristes. C’est ainsi que nous avons eu l’occasion de partager l’apéro, les sardines grillées et même une séance de karaoké animée par Véronique dans une ambiance bon enfant. Il est quand même étrange, au milieu d’un décor quasi désertique, entre la mosquée voisine et un troupeau de moutons d’entendre Chantal chanter «parole, parole, parole» de sa voix toujours mélodieuse.
Sardinade au camping Bakanou

Aglou Plage

Situé à quelque seize kilomètres au sud de TIznit, ce site balnéaire est doté d’un magnifique camping étagé donnant une vue plongeante sur la mer. C’est de ce site que je vous écris aujourd’hui. Nous comptons y prendre quelques jours de repos.

Climat

Bien que nous soyons toujours plus au sud, nous nous attendions à plus de chaleur. Décembre fut dans l’ensemble un mois chaud, le mercure oscillant souvent autour de 28C. Cependant, depuis janvier nous sentons une nette différence. Aujourd’hui, le mercure marque 26C, mais un petit vent constant rafraîchit l’atmosphère. Dès que le soleil commence à descendre vers 16h, la fraîche se manifeste et à 18h nous rentrons nous abriter dans le camping-car. Les nuits sont fraîches 9C.

P.S. Plus nous descendons vers le sud, plus la bande passante est faible. Ceci explique le peu de photos cette semaine.

Bonne semaine à vous.

jeudi 31 décembre 2015

Maroc et nature

Puisque nous nous trouvons très confortables au camping Terre d’Océan à Taghazoute, nous avons décidé de prolonger notre séjour pour la période des fêtes.

Ici, tout est nature.
Le camping est composé de plusieurs plateformes aménagées en flanc de montagne, ce qui fait que nous avons à l’ouest une vue plongeante sur l’océan Atlantique et sur les vagues qui viennent se briser sur les rochers 90 mètres plus bas. Derrière nous, à l’est, la montagne de calcaire domine l’environnement du haut de ses 400 mètres. Dans l’ensemble, le paysage est passablement aride et parsemé d’arganiers et d’arbustes verdoyants, même en cette période hivernale.

Une piste rocailleuse en lacet nous permet d’atteindre les habitations et le petit village qui trône au sommet de cette montagne. Un peu partout, des troupeaux de chèvres surveillés par des enfants ou de jeunes adultes broutent cette végétation parsemée. Quelques groupes de nomades ont établi leur campement sommaire sur la partie des collines où il n’y a pas d’habitation.

Arganiers
Chantal et moi prenons de longues marches dans ces collines rocailleuses où nous rencontrons que rarement et souvent de loin des habitants de la région qui sont toujours contents de nous saluer.

Tous les matins, systématiquement, le soleil se lève un peu tardivement au-dessus des collines pour disparaître directement devant nous dans la mer en fin de journée. Il y a quelques jours, c’était pleine lune. Ainsi, bien avant que le soleil plonge dans la mer, la lune apparaît rayonnante derrière la colline. Le cycle sans fin de l’univers prend ici une saveur dont nous nous délectons à satiété. Nous ne nous privons pas du plaisir de voir cette même lune plonger dans l’océan au petit matin.
Le soleil se couche
Coucher de lune








Société


Nos explorations dans les collines, en plus du plaisir de découvrir une nature   sauvage nous ont confrontés à une réalité qui malheureusement afflige le Maroc entier, à savoir la pollution des paysages urbains et ruraux par le plastique des sacs multicolores et des bouteilles d’eau. En effet, les torrents d’eau qui déferlent des montagnes lors des rares pluies entraînent avec eux des quantités importantes de ces rebuts disséminés un peu partout près des habitations. On nous dit que le pays a adopté une politique de bannissement de l’usage des sacs de plastique à l’instar de nombreux pays afin de contrer ce fléau multicolore à compter de 2016. En ce qui concerne les bouteilles de plastique, la solution n’est pas évidente. Une simple consigne, même modeste, en plus de donner quelques revenus à des personnes pauvres, permettrait sûrement de réduire considérablement le nombre des bouteilles qui se retrouvent dans la nature.
Chantal se joint à moi pour vous souhaiter une année 2016 remplie de bonheur, de santé et surtout de paix.

dimanche 20 décembre 2015

Terre promise

Au départ d’Essaouira, nous avons emprunté la route côtière en direction du sud. Après avoir traversé une région boisée et plutôt morne, la route nous a fait déboucher depuis un haut plateau sur l’océan. Sous un soleil éclatant, la mer d’un bleu foncé vient s’échouer avec fracas sur la côte hachurée en un spectacle éblouissant pour les yeux. Ce sera le début d’une suite de vues saisissantes sans fin, obligeant notre regard à alterner entre la montagne ocre, le sable fin et l’écume blanche des vagues sur fond bleu. À la vue de ce décor naturel évoquant les forces de la nature, je n’ai pu faire autrement que de me remémorer les longs vols décrits par les pilotes de l’aéropostale qui ont longé ces côtes dans les années vingt.

En parcourant cette région, un peu comme Moïse, nous avons eu l’impression de découvrir la terre promise. L’évocation de cette saga de l’Ancien Testament nous rappelle les décors semi-désertiques que nous découvrons à notre arrivée à Taghazoute à quelque 20 kilomètres au nord d’Agadir.

 Taghazoute

Nous avions rencontré sur les quais à Algésiras lors de notre traversée vers le Maroc un couple de Belges, Arlette et Michel, qui nous avaient fortement recommandé un camping à proximité du village de Taghazoute, le camping Terre d’Océan. Sachant que nous les y trouverions, ce fut notre choix pour nous poser pour quelques jours. C’était sans compter sur le décor que nous allions y découvrir. Perché en flanc de colline, ce camping admirablement bien tenu domine la mer et une superbe plage fréquentée par des surfeurs venus de partout. Taghazoute est un «spot», en langage de surf, connu mondialement. De plus, le camping est adossé à la montagne où une piste nous mène vers des villages berbères que nous découvrirons pendant notre séjour en pratiquant le trekking sur les petites routes de terre et de pierre à partir du camping.


Maison traditionnelle

Chantal sur la piste

Bergère au champ

Arlette et Michel
Parmi les défis qui nous attendent dans la poursuite de la découverte de cette magnifique région, il y a celui de l’état des routes à l’extérieur des grands axes. Après nous être renseignés auprès des camping-caristes, vétérans du Maroc, nous avons décidé de louer une voiture pour partir à la découverte d’une région nommée la vallée du paradis située dans la montagne à l’est d’Agadir. Nous avons donc, en compagnie de nos amis belges, parcouru une centaine de kilomètres sur des routes bitumées somme toute très praticable, mais parfois trop étroite pour laisser passer le camping-car. Nous avons sillonné une fantastique région de vallées et de canyons aux parois ocre, traversée par des rivières à sec (oued). 

De petites agglomérations  situées pour la plupart au fond de ces vallées sont entourées de palmeraies verdoyantes. Quel contraste avec l’environnement semi-désertique parsemé d’arganiers et d’oliviers sauvages ! Le décor, à certains moments, nous rappelle le désert du Nevada et le grand canyon américain. Nous croisons régulièrement des marcheurs qui vont d’un village à l’autre ou encore des paysans à dos de mulet revenant de leurs champs vers le village le plus près. De petites fourgonnettes usées par le temps et par le soleil servent au transport des personnes entre les villages et en direction de la nationale où les personnes désirant se rendre à Agadir ou ailleurs peuvent attraper un bus ou encore un grand taxi. Il faut voir le nombre de passagers à bord et les ballots de marchandise sur la toiture, tout un exploit.
Village entouré d'une palmerais

Parois d'un canyon

Grottes naturelles

Petite fourgonnette de transport de passagers

Société

Il y a quelques mois, le hasard a fait que j’ai été mis en contact numérique avec Paul Roux, camping-cariste québécois et carnettiste talentueux. Le hasard a également fait que Paul semble partager la même philosophie du voyage que moi et sans doute la même philosophie de vie en fin de compte. Lui et sa compagne voyagent en Amérique et nous qui voyageons en Europe et en Afrique pour le moment. De plus, Paul semble faire à bord de son autocaravane exactement le même circuit en Floride que nous avons fait Chantal et moi en 2010. Je vous invite donc à consulter régulièrement «Les carnets de Paul Roux» pour en apprendre plus sur ses voyages et ses états d’âme présentés de manière fort humoristique.


Chronique camping-car

Depuis notre arrivée au Maroc, nous avons modifié nos habitudes d’approvisionnement. Il existe quelques chaînes de surpermarchés, mais les produits européens sont hors de prix. Nous nous limitons donc au strict nécessaire et nous fréquentons de plus en plus les petits boutiquiers pour nous approvisionner en fruits et légumes, pain et autre denrées essentielles. Mangers local devient, au fur et à mesure que nous découvrons le pays, notre devise. Quel plaisir de réapprendre à écosser les petits pois et à nettoyer les gigantesques carottes pour les débarrasser de la terre de jardin. C’est la saison des clémentines et des grosses oranges juteuses dont nous abusons à des prix déjouant toute concurrence. La spécialité du village voisin Tamri est la culture de petites bananes jaunes savoureuses. Les pêcheurs viennent nous offrir tous les matins du poisson frais et parfois des homards. Manger frais et manger sainement en prenant le temps de préparer nos copieux repas fait partie des plaisirs retrouvés, particulièrement ici au sud du Maroc.


Chantal se joint à moi pour vous souhaiter un merveilleux Noël.

vendredi 30 novembre 2012

Déserts - se préparer au voyage (Théodore Monod et Philippe Frey)


Un désert se définit comme une zone géographique très sèche où la végétation est quasi absente et le peuplement rarissime. J’ai eu au cours de mes voyages à parcourir brièvement trois types de désert. Dans le Grand Nord québécois, j’ai eu la chance de connaître le grand désert blanc de la toundra. Au sud de la Tunisie, j’ai vu le désert de sable du Sahara et enfin dans le centre-ouest des États-Unis, j’ai traversé le désert du Mohave pour joindre la Rive-Sud du Grand Canyon. La préparation d’un voyage comporte plusieurs actions à mener à des moments différents. La veille du départ, si la préparation de sa valise ou de son sac à dos requiert la plus grande précision afin d’en réduire au maximum le poids tout en s’assurant d’apporter l’essentiel, il existe un tout autre ordre de préparation soit celui de se documenter et surtout de s’imprégner de l’atmosphère des lieux que nous visiterons. Pour mieux comprendre le désert, je me suis inspiré des travaux et des voyages de deux éminents voyageurs du désert.

Théodore Monod
1902-2000 

Né en 1902 à Rouen, descendant d'une lignée de pasteurs, Théodore Monod était un naturaliste à la manière du XVIIIe siècle, zoologiste, botaniste, océanographe, savant passionné de l'Afrique, mais aussi humaniste généreux.

Sa famille s'étant installée à Paris, dans le 5e arrondissement, il fréquente dès le plus jeune âge le Jardin des plantes et le Muséum d'histoire naturelle. À la Sorbonne il obtient une licence de sciences naturelles. En 1920, il participe à une mission océanographique de deux mois consacrée à l'étude du milieu marin de la pointe de Penmarc'h (Bretagne). En 1921, il entame une thèse sur de minuscules crustacés vivant dans les estuaires.

En 1922, il s'embarque pour la Mauritanie, chargé par le Muséum d'étudier les ressources halieutiques de la côte. Se rendant à Dakar en suivant une caravane, il découvre le désert. En 1925, il est chargé de faire l'inventaire de la faune aquatique des fleuves du Cameroun. Il continue ensuite à parcourir l'Afrique du golfe de Guinée au Tchad. En 1927-1928, il participe à une grande expédition organisée par un riche Américain : la traversée du Sahara d'Alger à Dakar via Tamanrasset et Tombouctou. Désormais, Théodore Monod se consacrera à la collecte de plantes, d'insectes, de roches et de fossiles. À l'occasion il s'intéresse aussi à la préhistoire et à l'ethnologie. En 1928-1930, il fait son service militaire dans la compagnie saharienne du Hoggar. Il est déjà antimilitariste et pacifiste, il en profite pour étudier le massif de l'Ahnet.
De 1930 à 1934, Théodore vit à Paris où il s'est marié et a deux premiers enfants. En 1934, il organise une expédition en Mauritanie, dans la région de Chinguetti (Adrar), à la recherche d'une météorite localisée en 1916 par un capitaine d'infanterie coloniale. À la fin de sa vie, il se lancera, à nouveau et en vain, à la recherche de ce qui est considéré comme la plus grande météorite du monde. En 1936, il est dans le Tanezrouft dont il étudie la géologie. En 1938, il crée à Dakar l'IFAN (Institut français d'Afrique noire). Pendant la guerre, il est le correspondant de la France libre à Dakar où il accueille le général De Gaulle en janvier 1944.

En 1948-1954, il participe aux premières plongées en bathyscaphe du professeur Auguste Piccard (1884-1962). De 1956 à 1964, il parcourt le Sahara dans tous les sens. En 1965, il quitte définitivement Dakar.

Humaniste, Théodore Monod multiplie les engagements politiques. Durant la guerre d'Algérie, il signe le Manifeste des 121 pour le droit à l'insoumission et en 1966 fonde, avec Jean Rostand, le Mouvement contre l'arme atomique, dénonce l'alcool et le tabac, critique la chasse et les corridas. Dans les années 1970, il participe à l'aventure du Larzac et dans les années 1990 aux combats de l'association Droit au logement (DAL). En 1979 (et à nouveau en 1999), il figure sur la liste écologiste pour l'élection à l'Assemblée européenne.

Il continue à voyager : Iran, désert de Lout (1970), Égypte, désert libyque (une dizaine de fois dans les années 1980-1990). En 1993-1194, il effectue sa dernière méharée à dos de chameau dans le nord de la Mauritanie. En 1998, il effectue son dernier voyage dans le désert (Libye, Mauritanie). Il est mort à Versailles en 2000, à l'âge de 98 ans.






Philippe Frey est un spécialiste français des déserts et de leurs populations. Docteur en ethnologie, il enseigne également dans les universités de Strasbourg et Mulhouse. Il est l'auteur de nombreux ouvrages. Depuis de nombreuses années, Philippe Frey parcourt les déserts des cinq continents, à la rencontre des cultures nomades qui subsistent dans les territoires si hostiles à l’homme. Depuis trente ans, il a parcouru près de quarante mille kilomètres, à pied ou à dos de chameau, dans la fournaise, les vents de sable, surmontant la faim, la soif, l'épuisement, la solitude, et mille dangers. En devenant tour à tour chamelier saharien, chasseur-cueilleur en Afrique australe, Baloutche masqué en Orient ou en se faisant accepter par les tribus indiennes du Nouveau Monde, Philippe Frey a découvert des peuples et des cultures parmi les plus vieux du monde.

Ethnologue de la survie, il a pu ainsi étudier les capacités de l'homme à résister et à s'adapter au plus hostile des milieux. Aujourd'hui, après avoir vécu tant d'aventures, d'expériences, ressenti tant d'émotions, Philippe Frey, qui poursuit son exploration des déserts encore quatre mois par an, cherche à transmettre sa passion et ses découvertes. Il nous sert de guide dans ce voyage passionnant au coeur de la fournaise. Il est membre du Club des explorateurs fondé par Paul-Emile Victor.

De ses 40 000 km, parcourus seul, à pied, il a tiré un livre, 50° déserts brûlants qui a reçu le prix Jean Sainteny 2007 de l’Institut de France. Il nous emmène en Mauritanie, en Iran, en Inde, au Kalahari, à la découverte des peuples du désert. À l’occasion du lacement de son livre, il donne une entrevue à Canal Académie.




mercredi 28 octobre 2009

Tunisie - Le lézard rouge

C'est au cours d'un voyage dans le cente-ouest de la Tunisie que j'ai découvert ce train historique parcourant les gorges de Selja, un canyon aux parois abruptes au centre duquel coule l'oued Selja. Le départ se fait à la gare de Métlaoui, ville située entre Tozeur et Gafsa, le train parcourant ensuite 43 kilomètres sur une portion empruntée par les trains miniers évacuant les phosphates.

dimanche 25 octobre 2009

Ibn Battûta 1304-1369 - Grand voyageur de l'Islam

Ibn Battûta, né le 24 février 1304 à Tanger et mort en 1369 à Marrakech, est un explorateur et voyageur musulman, parcourant 120 000 km en 28 ans de voyages qui l’amènent de Tombouctou au sud à Bulghar (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord ; de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient. Ses récits, compilés par Ibn Juzayy en un livre appelé Rihla (voyage) sont plus précis que ceux de Marco Polo, mais contiennent plusieurs passages qui relèvent clairement de la pure imagination, notamment ceux décrivant des êtres surnaturels.



On peut distinguer quatre périodes dans ces voyages :
  • 1325-1327 : premier pèlerinage à La Mecque (le hajj) par le Maghreb, exploration de la vallée du Nil, de la Syrie, de l'Irak et des villes d'Iran ;
  • 1328-1330: deuxième pèlerinage à La Mecque en passant par les côtes du sud de la péninsule arabique jusqu'à Kilwa kisiwani et sur les côtes est africaines de culture swahilie ;
  • 1330-1346 : troisième pèlerinage à La Mecque, exploration de la Turquie, la mer Noire, l'Asie centrale, l'Inde, Ceylan, Sumatra, la Malaisie et la Chine jusqu'à Pékin;
  • 1349-1354 : traversée du Sahara jusqu'au Mali.
Le film « Le grand voyage d'Ibn Battûta » retrace le premier pèlerinage de l'explorateur entre 1325 et 1326 de Tanger (ville du nord du Maroc) à La Mecque (en Arabie Saoudite) et dresse un riche portrait de la civilisation islamique du 14e siècle. J'ai vu ce film au cinéma Imax de Gatineau. La reconstitution historique et la qualité des images aériennes nous plongent dans la réalité de cette fascinante expédition et surtout nous donnent envie de mieux connaître cet extraordinaire voyageur qui s'est rendu jusqu'en Chine au 14e siècle.